Entrer au Canada… ou comment se prendre une bonne suée

Lorsque tu veux voyager vers un pays étranger, ou t’y installer, tu dois parfois faire tout un tas de démarches pour que cela soit possible. Un point incontournable est de se renseigner sur les formalités de visa : faut-il un visa ? De quelle durée est-il ? Quelles sont les conditions d’obtention ? Etc… Pour ça, Internet est vachement cool, car il te donne la réponse à une grande partie de toutes ces questions, voire à toutes. Du moins, c’est ce que tu crois…

En réalité, il y a ce que dit Internet (alias la théorie…), et il y a ce qu’il se passe vraiment (alias la pratique). Et entre les deux, il y a parfois souvent un fossé. Et c’est le cas pour le Canada.

Je vais prendre un exemple très très concret : le nôtre. Mon mari et moi sommes au Canada pour une durée de six mois, ou plus exactement, 5 mois et demi. Mon mari vient en tant que visiteur commercial, ce qui ne requiert pas de visa dans la mesure où la durée n’excède pas 6 mois, et moi, je viens en tant que touriste, et idem, jusqu’à six mois, aucun visa n’est exigé (cf ce qui est indiqué sur le site de l’immigration ici). En fait, ce qu’il faut comprendre dans ce cas, c’est qu’il n’y a aucune démarche préalable à faire avant de prendre l’avion et d’arriver sur le sol canadien, et que c’est donc un agent d’immigration qui tamponnera le passeport au passage de la douane. C’est ce tampon qui fera office de ce qu’on appelle à tort un « visa ».

C’est hyper simple, de tamponner un passeport. Moi aussi je peux le faire… Et bah nan, c’est pas si simple, parce que les agents de l’immigration canadienne, et bien ils ont envie de tchatcher un peu avant de le mettre sur ton passeport, ce tampon, histoire de savoir ce que tu viens fabriquer chez eux… Et parfois, ils hésitent vraiment beaucoup, voire ils ne le mettent même pas ce tampon…

Revenons-en à mon super exemple ultra passionnant… En arrivant à l’aéroport, après une file d’attente d’une bonne grosse heure, nous nous présentons à ce qu’ils appellent l’Agence des Services Frontaliers du Canada. L’agent nous demande ce qu’on vient faire ici. On répond la vérité. Normal quoi ! Nos têtes n’ont apparemment pas convenu. « Présentez-vous au bureau d’immigration situé juste derrière. Prenez votre ticket, et attendez votre tour. » nous dit-il. (NB: à cet instant-là, on n’est donc pas encore officiellement entré sur le territoire canadien, on est dans la zone internationale.)

On va dans ce bureau, on retire notre ticket. 16 personnes devant nous. Bof, ça devrait aller vite. Que dalle ! On a attendu une heure supplémentaire… Dans cette salle, Indiens, Egyptiens, Latinoaméricains, Chinois… et nous. Les agents d’immigration ne semblent pas stressés. Moi je le suis. Car je sais que si on nous a envoyés ici, c’est mauvais signe. Et surtout parce que je sais que ma chienne est certainement déjà déchargée de l’avion, et certainement terrorisée par ce qu’elle vient de vivre…

Un agent nous appelle. Lui aussi nous demande pourquoi on vient ici, on lui redit exactement la même chose qu’à son collègue. L’agent se recule dans son fauteuil, croise les bras, et nous fusille du regard : « il va me falloir beaaaaucoup beaucoup plus de détails » . Euh ok… on recommence en détaillant un poil plus, mais on ne sait pas trop ce qu’on peut dire d’autre, là ! Alors on répond encore et toujours la même chose, pendant qu’il demande encore et toujours la même chose entre « donnez-moi plus de détails » , « pourquoi venez-vous ici? » , « pourquoi devrais-je vous laisser entrer? » etc… Un véritable entretien d’embauche… Il finit par changer sa question : « pourquoi vous faut-il six mois pour ça ? ». Cool, à nouvelle question nouvelle réponse !

Mon mari : parce que c’est écrit sur internet que nous pouvons rester jusqu’à 6 mois maxi (Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiip grossière erreur de dire ça!!!!!)

L’agent : on s’en fiche de ce que dit Internet, c’est moi qui décide si je vous laisse entrer ou non, et c’est moi qui décide de la durée dont vous avez besoin sur le territoire.(…) Vous êtes mal organisé, vous auriez pu la faire de France votre prospection. (…) Pourquoi vous venez ici et pourquoi il vous faut six mois ?

Et le voilà qu’il répète cette nouvelle question plusieurs fois… Et nous on répond toujours la même chose aussi, en essayant de détailler avec des détails qu’on n’a même pas… Vraiment, on ne sait pas ce qu’il faut qu’on dise pour le convaincre de l’utilité des six mois en question. Toujours pas convaincu par la véracité de nos propos, il finit par nous dire qu’il ne va pas pouvoir nous laisser entrer au Canada ce soir-là. Là, jambes qui flagellent, voix qui tremble, boule à la gorge, colère contenue qui monte…

On fait quoi ?? On pleure ? On crie ? On tente un passage de la frontière en courant ?? L’agent lit notre désarroi sur notre visage, et peut-être par pitié, nous redemande encore et toujours la même chose. En fait, le Canada protège énormément son marché du travail, et l’agent d’immigration craignait simplement que moi je profite de ce long tourisme pour chercher du travail (ce qui est formellement interdit), et que mon mari profite de son déplacement professionnel pour également rechercher un emploi. Voyant mon mari à court d’arguments, et sentant l’agent toujours aussi réticent, j’essaye de causer un peu. Mais je dois le gaver, car rapidement, il m’envoie m’asseoir plus loin pendant qu’il s’entretient avec mon mari…

Quelques courtes minutes après, mon mari me rejoint, toujours sans aucun espoir de rentrer au Canada. L’agent veut vérifier la marche à suivre avec ses supérieurs et décider tranquillement. On est dépités, on ne sait absolument pas comment on doit gérer la chose si on doit faire demi-tour tout de suite…

Deux minutes plus tard, il rappelle mon mari : passeports tamponnés. Ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuf gros soulagement… Je ne sais pas pourquoi l’agent a changé d’avis, mais en tout cas, il l’a fait, et je lui en suis reconnaissante ! (s’il me lit, ce qui m’étonnerait, je l’invite cordialement à venir déguster quelques crêpes en guise de remerciement 😉 ). Il a précisé qu’il faut vraiment bien préparer une entrée au Canada, que c’est un véritable entretien, et qu’il faut expliquer en détails ce qu’on compte faire, dans quel ordre, dire à qui on vient rendre visite sur place, montrer le billet retour quand on est en tourisme, justifier de revenus suffisants pour subvenir à ses besoins sur place etc etc. En gros, il faut préparer une pochette avec tous les documents qui peuvent servir… !

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Bref, tout ça pour dire que ce n’est pas parce qu’on remplit en théorie des conditions énumérées sur internet que c’est gagné d’avance. Tant qu’on n’a pas passé cette fameuse barrière de l’immigration, rien n’est fait ! Ton destin est entre les mains de l’agent d’immigration, clairement… J’ai pris l’exemple de nos « visas » à nous, mais ça pourrait arriver dans le cadre de n’importe quel autre visa… Simplement, sois prêt à être questionné et re-questionné. C’est le « prix » à payer pour pouvoir entrer au Canada ! Pour info, ils te donnent ici quelques indications « soft » sur ce à quoi tu es censé t’attendre en arrivant au Canada…

Ils ne rigolent tellement pas à l’immigration que le Canada a décidé d’en faire un show télévisé où tu vois les agents d’immigration au coeur de leur métier… et tu vois aussi ces voyageurs qui se font dégager sans pitié… Pour découvrir l’émission, rdv ici !

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Photo extraite de l’émission Border Security Season 2 – National Geographic Channel

EDIT DU 21 DECEMBRE 2016 : désormais, pour certaines nationalités, dont les français, il faut avoir effectué une demande d’AVE (Autorisation de Voyage Électronique) préalablement au voyage. Plus d’infos sur cette page.

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7 réflexions sur “Entrer au Canada… ou comment se prendre une bonne suée

    • Non, a priori non, mais ils peuvent te faire passer par le bureau d’immigration quand-même, juste histoire de, et là, il faudra que tu sois capable d’expliquer en détails ce que tu comptes faire de tes 15 jours, si tu viens voir quelqu’un etc… Je t’avoue que maintenant, je me tiens prête pour tout autre questionnaire, où que j’aille !

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  1. Depuis l’arrivée au pouvoir de Stephen Harper (Parti conservateur, 2006), l’immigration s’est fortement resserrée. Autrefois, il était beaucoup plus aisé d’entrer au pays. Faut faire attention aux procédures d’obtention du statut de résident permanent, puis de la citoyenneté. Je me souviens du cas de la copine (Française) d’un de mes amis (Québécois) qui a failli se faire expulser du pays à l’échéance de son visa parce que les démarches pour avoir sa résidence permanente étaient trop longues!

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  2. Aujourd’hui, c’est nouveau, il faut une autorisation de voyage électronique (AVE).
    Mais à l’époque, le fait de venir pour une visite commerciale, ce n’était pas une exception à l’exemption de visa ça ? Il me semblait que oui, dès que séjour pour raisons professionnelles/commerciales, même de moins de 6 mois, il te faut un visa, d’ailleurs encore aujourd’hui …

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    • Eh bien preuve que non,sinon on n’aurait réellement pas pu entrer 🙂 Tant que le but n’était pas de travailler pour le compte du Canada, et jusqu’à une durée maximale de 6 mois, c’était sous un visa de visitant d’affaires, soit la même chose qu’un visa de tourisme mais avec quelques subtiles différences. (ptite note : les visas, qu’ils soient à demander AVANT l’arrivée ou qu’ils soient délivrés à l’aéroport, ça reste des visas… Ya qu’au sein de l’Europe qu’on n’a plus de visas du tout) .

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      • Ouaips, sauf que pour tourisme, il y a une exemption de visa avec certains pays … pour les belges (je sais pas pour les français), mais il y a une exemption de visa (donc plus de visa du tout pour aller au Canada).

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      • C’est exactement la même chose pour les français, juste une AVE désormais, qui reste un équivalent de visa de tourisme sauf que demandé au préalable. Dès lors que tu as une limite de temps sur un territoire en tourisme, c’est qu’il y a bel et bien un « visa », un tampon sur le passeport à l’aéroport… C’est juste le langage qui est foireux et qui laisse penser qu’on est libre d’aller et venir dans certains pays 😉 .
        L’exemption de visa véritable n’existe qu’au sein des membres de la communauté européenne, où on peut rester le temps que l’on veut dans chaque pays.

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