La vie au Bélize

Dans le milieu du voyage et de l’expatriation, tu remarqueras que certains noms de pays reviennent plus fréquemment que d’autres. Le Canada, l’Angleterre, l’Espagne, la Chine, la Thaïlande, l’Australie… et bien d’autres ! Mais pour ma part, j’accorde un intérêt tout particulier aux endroits dont on parle un peu moins, qui se font même presque oublier tellement quasiment personne n’en parle… C’est le cas du Bélize. Je t’imagine déjà en train de faire un petite moue en te demandant déjà où se trouve ce pays ! Rassure-toi, à la fin de cette interview, le Bélize te sera un peu plus familier si ce n’est pas déjà le cas ! Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller découvrir ce pays par moi-même, et comme toujours, vu qu’il est hors de question que je parle de choses que je ne connais pas, j’ai choisi de laisser la parole à Mathilde, qui vit là-bas et qui est donc la mieux placée pour nous dresser un joli tableau de ce pays.

Qui es-tu et d’où viens-tu ? 

Mathilde, océanographe de 26 ans originaire d’Agen (Eh oui encore une enfant du Sud Ouest), j’ai grandi entre le Sud Ouest, la région parisienne et Marseille jusqu’à mon expatriation à 20 ans. Je suis tout d’abord partie pour finir ma licence en Angleterre (et surtout apprendre l’anglais) et j’ai attrapé le virus du voyage, ce qui tombe bien quand on est océanographe. Changement de continent pour un master à Taiwan avec pas mal de terrain à travers toute l’Asie de l’est, puis un premier job en Arctique, et me voilà maintenant au Belize.

Qu’est ce qui t’a amenée au Belize ? Depuis combien de temps y es-tu ?

Je suis venue une première fois entre ma licence et mon master, en temps que volontaire pour une ONG de conservation marine. J’y ai rencontré mon partenaire, lui aussi étranger expatrié, globe trotteur et spécialiste de conservation marine. Nous avons vécu dans des pays différents pendant 3 ans pour finalement décider d’essayer d’être au moins dans le même pays. Le choix était entre l’Arctique et le Belize. Nous sommes tombés par hasard sur un poste au Belize où ils recherchaient un couple/binôme (courant en conservation pour des postes isolés) d’où notre retour il y a maintenant 2 ans et demi.

Quelles avaient été tes premières impressions en arrivant ?

Baccalar Chico

Baccalar Chico

La première fois lors de mon volontariat j’ai été surprise par la pauvreté. A l’époque je n’avais jamais voyagé dans un pays en développement, encore moins seule, j’étais un peu hésitante malgré mon goût de l’aventure. Je suis arrivée par le Mexique au Nord en ‘chicken bus’, ces vieux bus scolaires américains qui font office de transport en commun en Amérique centrale. Je me suis assise sur un siège défoncé, les cages à poulets au-dessus de la tête, la musique reggae à fond, et pas un pèlerin parlant anglais (pourtant la langue officielle du pays, ancienne colonie anglaise et membre du Commonwealth). J’avoue que j’ai eu un petit moment de doute et j’aurais volontiers déposé un cierge à ma Prof d’espagnol de lycée… Après coup j’ai rencontré les gens et j’ai aimé l’accueil chaleureux. Puis j’ai rejoint la côte, conservation marine oblige, j’ai découvert les paysages tropicaux et je me rappelle me dire que j’étais exactement là où je devais être.

Et maintenant, avec le recul, quel est ton bilan sur la vie au Bélize en général ? 

Xunantunich Mayan Ruins

Xunantunich Mayan Ruins

Le Belize est extrêmement diversifié et culturellement riche si l’on considère que sa superficie est à peu près la moitié de celle de la Suisse. On y trouve la jungle, les steppes, les iles tropicales… C’est aussi coincé entre 3 géants d’Amérique Centrale, le Mexique, Le Guatemala, et le Honduras. Toute la partie nord est majoritairement mexicaine, très peu de gens y parlent l’anglais. L’Ouest – Sud Ouest est principalement guatémaltèque, le Sud Maya et les iles dominées par les descendants d’esclaves africains. Au final on y parle espagnol, anglais, maya, créole ou garifuna.

C’est aussi un pays économiquement pauvre, rongé par la corruption, mais étonnamment calme et sûr malgré tout ce que l’on entend de l’Amérique centrale. Pour te donner une idée la devise du pays est ‘A l’ombre je fleuris’, ce qui reflète très bien le mode de vie lent (parfois trop lent) du pays. Ici tout le monde connaît le ‘Belizean time’ où 5minutes valent à peu près 10 heures de coiffeur si tu as de la chance.

Personnellement j’aime cette diversité et surtout le fait que le pays n’est pas encore très connu donc pas très développé et toujours authentique. Malheureusement étant pauvre, corrompu et un paradis fiscal, c’est aussi depuis peu l’eldorado des investisseurs étrangers qui n’ont que faire de la culture et des terres.

Est-ce que ce que tu vis là-bas, ce que tu vois, est conforme à l’idée que tu t’en étais faite avant d’y aller ?

Oui et non. Je pense que personne ne peut vraiment imaginer la chose exacte avant de déménager à l’endroit où je vis. Mon ile fait la taille d’un stade de foot, sans les gradins et compagnie, juste le terrain. Je suis à 45 minutes de bateau de la côte, il n’y a pas un seul magasin sur l’ile, on marche à l’eau de pluie et aux panneaux solaires, sachant qu’il ne pleut pas entre janvier et fin Juin donc nous sommes limités par ce que nous collectons pendant la saison des pluies. Si l’on exclut touristes et chercheurs, la population permanente de l’ile est de 20 personnes max en saison touristique, 10 au mieux en saison des ouragans. L’antenne relais la plus proche est à terre, donc internet ne marche que quand la météo est bonne et le téléphone ne passe quasiment que si l’on se tient debout sur un poteau précis du ponton. Comme tu t’en doutes sûrement maintenant, on a beau nous prévenir, on n’imagine jamais vraiment toutes les implications.

Pointe nord de mon îleLa pointe nord de mon île (cad 1/3 de l’ile)

Regrettes-tu certaines choses de ta vie d’avant ? Et inversement, si tu devais rentrer en France demain, qu’est-ce qui te manquerait le plus ?

Ma vie d’avant c’était déjà expatriée, simplement ailleurs. Je ne sais pas si c’est une force ou non mais d’une manière générale je ne regrette rien, je préfère continuer à découvrir et je ne me vois pas rentrer en France pour le moment. La contre partie c’est qu’en voyageant autant on sait que l’on est nulle part chez soi. Chaque nouveau pays est temporaire, même si c’est pour plus de 2ans, je sais que je ne resterai pas parce qu’il y a tant à voir. Du coup je n’ai pas de chez moi. Je vis depuis 7 ans avec 2 valises et rien de plus.

Je ne suis pas vraiment matérialiste, ce qui me manque dans mes jours sans c’est plutôt un état d’esprit par exemple. Quand je vivais à Taiwan en été il faisait tellement chaud que j’allais au labo à pied à 5h du matin pour profiter du frais. Tous les matins sans exception je voyais les grands parents faire leur Tai-chi dans le parc du campus, et tous les matins il y avait deux vieux Monsieurs qui se coursaient en vélo avec un rire qu’on entendait de l’autre bout du campus. C’était assez pour me mettre de bonne humeur pour la journée.

De même me lever le matin en Arctique au milieu de la nuit polaire, sortir de chez moi dans le noir quelque soit l’heure et écouter le silence complet que la neige provoque, je ne m’en lasserai jamais ! Grimper en haut de la montagne et simplement savourer la vue des Fjords dans les lumières polaires, rien de mieux pour le moral !

Ici quand j’ai un coup de blues, je suis coincée sur un terrain de foot sans nulle part où aller, il y a un seul ciné dans tout le pays, pas de théâtre, pas d’opéra, un ou deux musées sur les mayas grand max et c’est tout. La stimulation intellectuelle me manque parfois.

Templefjorden –Svalbard en automne

Templefjorden –Svalbard en automne

La barrière culturelle est-elle difficile à franchir ? As-tu réussi à facilement t’intégrer ? 

Pas vraiment de difficulté niveau langue vu que l’anglais est la langue officielle. Dans le nord ou l’ouest, ça aide de parler espagnol mais sinon on s’en sort partout en anglais. Ce qui m’a le plus surprise ça a été la position de la femme dans la société et la conception de la famille. Il a vraiment fallu que je m’impose pour que les hommes acceptent de parler business avec moi et non seulement avec mon partenaire. De même la conception de la famille est un peu archaïque. Il est normal d’avoir plus de 5 enfants avec 4 ou 5 partenaires différents mais les homosexuels ne sont pas les bienvenus. Ici les enfants sont une assurance vieillesse, ils s’occuperont de vous quand vous serez vieux. J’ai souvent suscité de fortes réactions en disant que je n’en veux pas.

Quels ont été les 3 plus beaux endroits que tu aies vus là-bas ?

Il y a des tas de beaux endroits au Belize mais pour le top 3 je dirais :

Les piscines naturelles de Mountain Pine Ridge

Les piscines naturelles de Mountain Pine Ridge

– Mountain Pine Ridge, une section de montagne pommée dans les terres avec des piscines naturelles.

– La jungle à la frontière du Guatemala à l’ouest avec les ruines Maya.

– Le récif juste derrière de mon île

Côté nourriture, as-tu découvert des choses vraiment surprenantes et/ou délicieuses ? Y-a-t-il une (ou plusieurs) spécialités locales ?

Le Belize n’est pas vraiment connu pour sa nourriture. Poisson, Haricots rouge et riz, à tous les repas ou presque… De temps en temps on trouve de bonnes surprises comme un bon riz aux crevettes servi dans un ananas, un régal !

As-tu découvert des fruits/légumes/plantes que tu ne connaissais pas ? Idem pour les animaux ?

Nature

Nature

Des tonnes, autant plantes qu’animaux ! La jungle est impressionnante niveau plantes, je n’en connaissais quasiment aucune en arrivant et les mayas transmettent encore leurs vertus médicinales, il y a de fantastiques trails à faire ! Côté animaux, je les connaissais tous ou presque mais n’en avais jamais vus en vrai. Jaguar, tapir, lamantins, toucans, singes hurleurs, ils sont tous là !

Juste histoire de, il fait quel temps et quelle température chez toi là ?

Là il fait 32°C dans l’air, 29°C dans l’eau, une légère brise et pas un nuage.

Aurais-tu des conseils pour ceux qui souhaiteraient aller s’installer au Bélize ?

Venez avec l’esprit ouvert, ne soyez pas pressés (vraiment pas) et oubliez de suite la mentalité coloniale, c’est souvent ce qui fait que les étrangers ne restent pas.

Et pour ceux qui souhaiteraient juste faire du tourisme ?

Prenez votre temps et renseignez vous ! Il y a tellement de choses à faire et à voir au Belize qu’il est souvent difficile de s’y retrouver. Le pays est petit et les gens pensent souvent pouvoir tout faire en un temps record, erreur tactique ! Pour les plongeurs, je sais le blue hole est le grand rêve de beaucoup, personnellement je l’ai fait et je n’y retournerai pas. C’est magnifique vu du ciel, mais tellement grand qu’une fois dans l’eau tout ce qu’il y a à voir c’est un mur sans vie et pas de poissons… Faites des plongées sur le récif ça vaut beaucoup plus le coup !

Dans l eau

Un grand merci à Mathilde pour ses réponses. J’ai été la première ravie de lire tout ça, j’ai beaucoup appris, et j’espère que ça te ravira tout autant que moi !

***

Suis-moi sur Instagram et Facebook !

2 réflexions sur “La vie au Bélize

Ton commentaire est bienvenu !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s