Mon Brésil n’existe plus

Ce n’est plus un secret – et ça ne l’a jamais été, en fait – j’ai vécu au Brésil (São Paulo exactement), expérience que j’ai plus qu’aimé. Pourquoi ça ? Pour plusieurs raisons… tu en retrouveras une partie ici, mais aujourd’hui je mettrais en avant les rencontres. On a fait tout un tas de rencontres formidables au Brésil, des brésiliens, des français, des portugais, des espagnols, des argentins… et nous avions ainsi notre cercle d’amis que nous adorions rassembler autour d’un bon repas chez nous, ou à l’occasion d’un week-end organisé par mes joyeux soins… Nous avons partagé des moments très forts, qui resteront à jamais gravés dans mon coeur et mon esprit. Ces gens font partie intégrante de cette expérience, et ont pleinement contribué au fait que nous ayons gardé un excellent souvenir de notre vie sur place.

Porto Alegre

Porto Alegre

Pour les non brésiliens, il s’agissait beaucoup de gens de passage pour quelques années. Ça a alors été une chance que notre chemin croise le leur ! Mais qui dit arrivée dit départ… Alors que nous étions encore là-bas, nous voyions déjà des gens repartir, d’autres arriver… Puis nous sommes nous-mêmes partis, à contrecoeur, profondément tristes de devoir quitter cet endroit où, pour ma part, j’étais si bien. Et les départs derrière nous ont continué, les uns après les autres…

Je ne me suis jamais vraiment remise de cette « rupture » avec le Brésil, à tel point que depuis que j’en suis partie, je ne rêve que d’y retourner… J’aimais tant le Brésil, j’aimais tant ma vie là-bas. Oui, j’aimais ma vie, j’aimais le fait d’être épanouie comme jamais ; j’en arrivais même à aimer ce que le Brésil avait fait ressortir de ma personnalité…

En fait, au-delà du Brésil lui-même, c’est donc ma vie au Brésil qui me manque, et c’est très certainement un peu ça que j’ai envie de retrouver en retournant là-bas… (conclusion de nombreuses heures d’auto-analyse 😉 ) Or, la façon dont on vit dépend de beaucoup de choses : la situation professionnelle, l’âge, le conjoint, l’entourage, le pays lui-même… Et parmi tout ça, il n’y a qu’une seule chose qui n’a pas changé depuis mon expérience brésilienne : le conjoint ! Ma route professionnelle a évolué, mes priorités ont évolué, j’ai vieilli, mes amis du Brésil se sont éparpillés, le pays traverse une grave crise qui le déchire…

Ces derniers temps, en l’espace de quelques semaines seulement, quelques dernières personnes de notre entourage « brésilien » ont quitté le Brésil, les unes après les autres… Seuls les brésiliens restent, pour ceux qui n’ont pas encore claqué la porte à la situation chaotique de leur pays. Bref, chacun de ces départs m’a véritablement touchée, m’éloignant de mon utopie pseudo-consciente de retrouver ma vie « brésilienne », et me rapprochant chaque fois un peu plus de la réalité qui est que mon Brésil, tel que je l’ai connu et aimé, n’existe plus… Quand-bien même on retournerait vivre à São Paulo, c’est certain que nous ne retrouverons jamais la vie que nous avions, la vie que nous avons laissée pensant qu’elle resterait telle quelle pendant notre absence… Ouais, rien ne sera jamais plus comme avant là-bas 😦

Florianopolis

Pur bonheur

Il m’en aura fallu du temps pour accepter de voir la réalité en face. Sûrement parce que je savais que celle-ci me ferait souffrir, et je préfère éviter les souffrances tant que je le peux. Mais c’est nécessaire pour pouvoir avancer, pour pouvoir enfin fermer un chapitre qui semblait inachevé, et se plonger pleinement dans le suivant.

Même en ayant conscience de tout ça, si un jour on retourne vivre à São Paulo, le risque est que nous cherchions, consciemment ou non, à retrouver tout ça. Et forcément, nous allons tomber dans une désillusion destructrice, parce que ce sera juste… pas possible ! Quelle solution, donc ? Très simple en fait : gardons un heureux souvenir de notre expérience de vie à São Paulo, et si notre projet de revenir au Brésil un jour prend vie, tentons la découverte d’autre chose. Autrement dit, sauf immanquable opportunité, c’est préférable que nous ne retournions pas vivre à São Paulo ; nous viserons un endroit où nous n’avons pas vécu, et ce n’est pas ça qui manque dans ce vaste pays-continent.

C'est ici qu'on vivra ;-)

C’est ici qu’on vivra 😉

De manière générale, et pour conclure, je dirais que c’est mieux de laisser le passé où il est. Vivre dans le souvenir du passé rend le présent imparfait et le futur conditionnel… Eh oui, la vie, une histoire de conjugaison 😉

***

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15 réflexions sur “Mon Brésil n’existe plus

  1. Je comprends tout à fait ton sentiment. J’avais fais un stage en Irlande. Merveilleux souvenirs, dû à un milliers de choses différentes.
    Je viens de revenir mais dans une autre ville. Parfois mes collègues me demande si je n’aimerai pas retourner où j’étais et son surpris de ma réponse négative. Non je ne veux pas retourner y vivre. Je veux garder ce merveilleux souvenir et construire mon avenir ici, dans ce petit village irlandais car maintenant c’est ça qui me corresponds le plus!

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  2. Je n´aurais jamais voulu vous contrarier et surtout vous contredire lorsque j´ai lu certains de vos articles tellement optmistes sur le Brésil.Je suis passé,avant vous ,par le même état d´âme.et je pensais bien finir mes jours sur cette terre de soleil et de sympathie. J´ai lancé les dés il y a 3 ans alors qu´après 31 ans d´expatriation au Brésil,j´ai décidé de tout laisser et tenter l´aventure ailleurs alors que je ne supportais plus l´emprise de l´Etat sur les citoyens ainsi que la corruption qui d´une certaine manière en découlait.Un pays de cette taille,avec ses ressources naturelles énormes et une population jeune de près de 200 millions d´habitants était livré à l´abandon aux mains d´une classe politique sans morale.Le plus drôle est que ce n´est pas Charles de Gaulle qui a dit que le Brésil n´est pas un pays sérieux ,mais un ambassadeur brésilien en poste à Paris..Plus que jamais ,cette phrase reste d´actualité,alors que 12 années de Pétisme(Parti des travailleurs)a plongé le pays dans une crise morale et économique sans précédent dans le reste du monde développé.Alors que le nouveau gouvernement intérimaire,malgré le peu de soutien populaire,vient d´octroyer à la classe politico-judicaire une augmentation de salaire de pès de 20%,la récession vient d´être divulguée affichant 5 points négatifs.Comme vous,je préfère garder les belles années passées sur cette terre tropicale au milieu de gens souriants hospitaliers et entreprenants,en leur souhaitant quand même de s´impliquer d´avantage car la démocratie n´est jamais acquise définitivement,surtout en terre d´Amérique Latine.

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  3. Oui quand on habite longtemps dans un pays et qu’on y retourne des année plus tard, on est souvent déçu car les choses ont changé …. mais il faut laisser la passé derrière, garder ça bien au chaud dans un coin de sa mémoire et se dire que les choses évoluent… parfois dans le bon sens parfois non malheureusement .
    j’ai habité 3 ans en Tanzanie et si j’y retourne je sais que les choses seront bien différentes.. mais c’est comme ça, il faut relativiser 🙂

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  4. Mais qu’est ce que tu écris bien Jenny ! Merci pour ce moment de réflexion, tu trouves souvent les mots pour décrire des situations que tous le monde ressent sans arriver à mettre de mots dessus.

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  5. Depuis 40 ans, j’ai fait plusieurs allez-retour entre la France et le Brésil, et j’ai accumulé plus de 25 ans entre Rio et SP. Le sentiment de saudade est toujours aussi fort quand on quitte durablement le Brésil.
    A chaque retour au Brésil, on redécouvre un nouveau pays qui n’a plus grand chose à voir avec l’antérieur car ce pays se transforme profondément et finalement assez vite quand on l’observe sur le long terme. Le mot progrès inscrit sur le drapeau et emprunté d’Auguste Comte n’est pas un vain mot. Je recommande la lecture du « dictionnaire des amoureux du Brésil » de Gilles Lapouge qui est correspondant de l’Estadão depuis 1951.
    A chaque retour, on reste néanmoins choqué de l’état inhumain des prisons, des 50.000 morts sur la route par an, des assassinats de jeunes par la police militaire, des inégalités encore assez criantes bien que moins fortes que par le passé; etc… c’est le côté sombre de ce pays.
    Quant à la crise actuelle, morale, politique, sociale, économique…elle est absolument nécessaire pour purger un certain nombre de mauvaises habitudes qui se sont amplifiées ces dernières années entre les politiques et certains dirigeants d’entreprise. La purge est douloureuse, anxiogène pour la population mais avance inexorablement, il est vrai avec des soubresauts et résistances … mais sans versement de sang ni guillotine ni crise majeure. Je reste convaincu qu’un nouveau Brésil plus rayonnant et plus séduisant émergera d’ici 3 ou 4 ans. La force incroyable de la Java Jato est une opportunité historique de renouveau et je ne vois pas beaucoup de pays au monde (pas un seul en Amérique Latine) ayant décidé de se lancer dans un processus de transformation aussi profond.

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    • Merci pour ce commentaire que j’ai lu avec grand intérêt. Je lirai cet ouvrage lorsque je pourrai me le procurer. Je connais bien ce sentiment de saudade dont j’ai compris le sens le jour où j’ai quitté « mon » Brésil, et qui est omniprésent depuis…

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  6. La réalité est là…et ton analyse est juste. Le Brésil reste cependant une terre merveilleuse et pleine de surprises…C’est le regard que je porte à ma terre natale. Etant franco-brésilienne, je n’ai jamais « vécu » au Brésil mais en France, cela n’empêche que je « comprends » ton article car mon entourage vit un peu la même chose…
    Je veux vous faire voir le Brésil différemment, pour l’espoir, pour l’ambition de se relever…
    Entrepreneuse, je dédie un blog à mon projet professionnel et au Brésil où je consacre quelques articles sur un Brésil insoupçonné…
    http://cillaluz.com/
    Je garde espoir qu’un aussi bon peuple, une aussi belle terre se relèvent…
    Beijos
    Cillaluz

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    • Merci pour ce commentaire. Le Brésil gardera toujours une place privilégiée dans mon coeur et ma vie, et je compte bien y retourner. Juste pas à São Paulo 😉

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