Vivre la pandémie de COVID-19 en Australie

Vivement 2020′, disait-on en 2019, pensant que nulle année ne pourrait être pire. On aurait mieux fait de fermer notre bouche… pour rester polie ! En même temps, qui aurait pu prédire qu’un virus allait foutre un tel bazar dans le monde l’année suivante ? Bref, cette année, on est tous à la même enseigne, avec nos vies complètement chamboulées, peut-être temporairement, probablement durablement… Tous à la même enseigne ? Pas tout à fait… car selon où l’on se trouve, l’approche face à cette pandémie aura été assez différente, à la fois pour des raisons culturelles (certains peuples sont clairement plus disciplinés que d’autres!), mais également politiques. Dans cet article, je vais te raconter comment moi, française hypocondriaque, j’ai vécu la pandémie en Australie, mon pays de résidence.

Prémices de la COVID

Quand je prends connaissance de cet étrange virus, nous sommes à Calcutta en Inde. Je vois passer divers articles sur Facebook, et l’inquiétude se fait déjà sentir face à ces informations justement dénuées d’informations. Je ne fouille pas davantage, de toute façon, ma connexion en Inde ne me le permet pas !

Un stand de nourriture en Inde

Pour le voyage retour en Australie, tout début janvier, nous faisons escale à Kunming en Chine. Nous avons prévu suffisamment de temps pour pouvoir sortir de l’aéroport et visiter un peu la ville. Notre visite est finalement bien tronquée… En effet, l’immigration semble excessivement submergée et nous y passons un long moment. Mais surtout, on m’arrête lors du passage au travers de portiques qui contrôlent la température des passagers (je n’avais jamais vu ça avant!) et enregistrent en même temps ton visage, pour des histoires de reconnaissance faciale sur le territoire. Non pas qu’on n’aime pas ma face (boh ça aurait pu hein !) mais c’est surtout que l’on m’a détecté une petite fièvre. Je ne me sens absolument pas fiévreuse pourtant !! J’ai certes méga chaud, mais je viens de me taper une bonne suée dans le vol d’une heure entre Kolkata et Kunming, où j’ai bien cru que le violent orage que nous avons traversé allait avoir raison de nous ! Orage, pas orage : ils ne veulent rien entendre (de toute façon, la communication est compliquée, l’anglais n’étant que peu parlé par là….), on me traite comme si j’étais un microbe ambulant. On me sépare d’Alban et on m’emmène dans une salle isolée où on me vérifie à nouveau ma température, avec des précautions particulièrement exagérées et dans une atmosphère de stress inhabituel ! Bon, au bout d’un moment, on me relâche en me disant froidement que je n’ai en fait pas de température, mais en me laissant plein d’instructions de symptômes que je devrai checker jusqu’à 1 mois après ce premier contrôle…… Étrange, étrange ! Avec le recul, je me dis qu’ils en savaient déjà bien plus sur ce nouveau virus que ce qui était dévoilé dans les médias…

Bref, qu’est ce qui se passe quand tu dis à une hypocondriaque qu’elle a de la fièvre alors qu’elle n’en avait pas ? Bah elle développe tous les symptômes qui laissent penser à de la fièvre. Autrement dit, j’ai passé une journée de merde ensuite, à m’inquiéter inutilement sur cette sensation de fièvre, etc (je ne ferai pas probablement pas d’article sur cette ville mais j’ai bien aimé Kunming ! En dehors du personnel médical paniqué de l’aéroport, tout le monde a été extrêmement gentil avec nous, et ce, malgré un gros fossé culturel et linguistique)…. Mais à ce stade, je pense simplement à la possibilité de m’être chopé le paludisme en Inde… (j’ai bien évidemment vérifié tout ça à notre retour en Australie, et plutôt 2 fois qu’une !).

Confinée avant l’heure

Retour en Australie donc. Ça y est, le monde entier commence vraiment à parler davantage de ce virus, et chaque jour, de nouvelles informations et découvertes sont médiatisées. Rapidement, le virus se propage en Chine, mais commence à s’exporter ailleurs. Le premier cas en Australie arrive fin janvier… Ce jour-là, je décide de mettre une distance physique avec les gens. On ne me comprend pas forcément, pas du tout même, on se fiche de moi la plupart du temps, mais moi, je suis pas confiante dans ce climat, et j’ai ainsi ma tranquillité d’esprit en prenant mes petites précautions (et mon hypocondrie est satisfaite aussi!).

3 semaines plus tard, nous partons en Tasmanie faire un trek d’une semaine, coupés du monde. Quand je rallume mon portable le samedi 1er mars, c’est pas la joie…… Les chiffres ont commencé à bien exploser partout dans le monde, notamment en Italie. En Australie aussi, ça a bien augmenté, mais on est bien loin de ce qu’il se passe ailleurs. Nous rentrons à Sydney, nous allons à une dernière soirée d’anniversaire tout début mars, et je cesse ensuite de voir qui que ce soit.

Pendant que le monde s’écroule, je suis là, au milieu de nulle part

Quelques jours plus tard, les pénuries en magasin commencent. PQ d’abord, puis farine, sucre, pâtes, riz, lait, conserves… Toujours pas compris l’histoire du PQ, d’ailleurs… Le 20 mars, le gouvernement australien ferme complètement ses frontières (jusque là fermées d’abord aux Chinois, puis aux Italiens et Iraniens) ; seuls les citoyens australiens et les résidents permanents ont le droit (et sont même appelés!!) de revenir sur le territoire, en passant 2 semaines en quarantaine (ceux qui sont déjà en Australie, comme nous, ont interdiction de quitter le territoire, même si on a le passeport d’un autre pays…). Le 23 mars, le confinement officiel commence. Soit 3 semaines après que j’aie démarré mon propre confinement…

Confinement en Australie

Pourquoi et comment ?

Lorsque le gouvernement impose le confinement, l’Australie vient de passer un total de 1600 cas sur tout le territoire… (territoire grand comme l’Europe, je le rappelle). On a un peu moins de 500 cas par jour. Pour moi, c’est bien trop, je suis en panique totale. À l’échelle mondiale, c’est que dalle, et les mesures prises ont peut-être paru beaucoup trop sévères par rapport aux chiffres. Mais au moins, la situation a été prise en mains avant que ça ne dérape, et ça c’est top.

Mais concrètement, ça ressemblait à quoi notre confinement ? On avait le droit de sortir uniquement pour aller chez le médecin, au travail (pour ceux qui n’avaient pas la possibilité de faire du home office), faire ses courses, faire de l’exercice ou promener son chien. Pas besoin de déclaration écrite ici, le gouvernement fait confiance à son peuple, et ceux qui ne respectent pas encourent des vraies amendes…

Pour nous qui habitons en bord de mer et pour qui le mois de mars est encore un mois estival côté températures, nous avons observé :

  • beauaaaacoup moins de circulation de véhicules. Ça, c’était plaisant.
  • beaaaaaaucoup plus de monde dehors…. Eh oui, tout le monde semble s’être mis au sport d’un coup, sans compter ceux qui ont adopté un chien pour l’occasion. Et bien que certaines plages de Sydney avaient physiquement fermé au public, les nôtres, du nord de la ville, restaient accessibles pour ceux qui faisaient du sport, que ce soit sur la plage ou dans l’eau. Donc les plages étaient quand même bien occupées. Globalement, les règles de « distanciation » sociale étaient respectées, donc même s’il y avait plus de monde que de coutume dehors, la contamination en extérieur était quasiment inexistante. Le gouvernement appelait quand même les gens à rester davantage chez eux.
  • beaucoup trop de monde beaucoup trop tôt au supermarché : he oui, pour avoir du PQ, pas le choix que d’y aller à la première heure… mais tout le monde avait conscience de ça, donc il y avait une file d’attente interminable, et souvent en vain, pour aller au supermarché.
  • une tendance à une forme de racisme venant de certaines personnes qui ne comprenaient pas ce que des français faisaient encore ici à l’heure où les frontières étaient déjà fermées…

Ce que ça a changé pour nous, c’est qu’Alban s’est mis à travailler de la maison lui aussi. Ça n’était pas pour me déplaire, lui non plus ! Lui allait au surf beaucoup plus souvent, ça lui permettait de croiser les copains sur l’eau, et tout en étant dans les règles. Il a ainsi vécu un confinement bien plus cool que le mien (moi ne surfant pas, je ne voyais vraiment personne !). L’autre chose qui a changé, et pas des moindres, c’est que nous n’avons plus reçu personne pendant un moment. Ceux qui nous connaissent savent que nous recevons beaucoup. Bon bah là, fini. La seule exception que j’ai faite, ça a été pour rendre service à une française en attente de rapatriement en France ; très belle expérience d’ailleurs, d’une parfaite inconnue débarquée sur notre canap’, elle est devenue une véritable amie !!! (bisous ma Pauline !)

Les surfeurs australiens n’ont pas connu le confinement

La fin du premier confinement

En mai, les mesures sont assouplies petit à petit, et le nombre de cas quotidien continue de baisser. Certains établissements rouvrent (pour ceux qui sont encore vivants…), mais ne sont pas préparés à rouvrir dans les conditions qui leur sont imposées (limite du nombre de personnes par rapport à la surface de l’établissement…), ce qui rend le personnel pas toujours hyper sympathique envers la clientèle.  Prendre un café en terrasse n’aura jamais été aussi désagréable qu’à cette période !

En juin, les chiffres sont tellement bas pendant plusieurs jours d’affilée que le gouvernement parle de plus en plus de la réouverture des frontières avec, dans un premier temps, la Nouvelle-Zélande (qui a géré la pandémie à la perfection), ainsi que quelques autres nations du Pacifique, une sorte de bulle de voyage Pacifique. Ça sent le retour à la liberté ! Jusqu’à ce qu’en fait non… 🙁

La seconde vague…

C’était trop beau pour être vrai, cette histoire d’ouverture de frontières. Il a suffi de (grosses!) erreurs de gestion de la quarantaine à Melbourne, suivies de manifestions absolument pas conformes aux règles en vigueur (je soutiens la cause Black Lives Matter mais clairement, yavait d’autres moyens de protester et montrer son support que de faire de tels rassemblements….), pour que les chiffres réaugmentent. Et ils remontent vite, très vite… D’abord, ça ne concerne que le Victoria (l’Etat du sud du pays, dont la capitale est Melbourne), mais les gens se déplaçant, les chiffres augmentent vite partout. Les autres États n’attendent pas, ils ferment leurs frontières au Victoria, seule manière de maîtriser cette seconde vague. Et ils ont raison ! Le nombre de cas par jour augmente jusqu’à quasiment 700 fin juillet (presque tous dans le Victoria uniquement), alors que nous n’avions jamais dépassé les 500 cas lors de la première vague. Le Victoria remet ses habitants en confinement, d’abord pour 6 semaines, mais qui seront ensuite prolongés… Pas de reconfinement ici à Sydney, les cas n’auront remonté que jusqu’à une vingtaine par jour, et sont maintenant à moins de 10 par jour, et bien tracés.

Quand on pouvait encore aller dans le Victoria…

Moi et la COVID

Tu te doutes bien qu’en étant hypocondriaque, la COVID, j’ai cru l’avoir chopé bien trop de fois ! Pour autant, je ne me suis fait tester que 3 fois. Et les 3 fois pour des vraies raisons. Mal de gorge par ci, sensation fiévreuse par là, et surtout, contact secondaire d’un cas positif. Pour celui-là, je n’avais pas de symptômes, mais compte tenu de ma position dans la chaîne de contamination, il était préconisé que je me fasse tester. Pas besoin de me le demander deux fois ! Et pourtant, ce test, ce n’est pas la chose la plus agréable à vivre. Pas douloureux, non, mais ce n’est absolument pas une sensation agréable ; c’est d’ailleurs une sensation que tu n’as jamais autrement (ou je demande à voir ce que tu fabriques de tes journées ahahah).

Sans surprise, j’ai été négative les 3 fois. Ouf ! Ça aurait été rageant que moi, celle qui fait le plus gaffe parmi tous ceux que je connais, choppe le virus…

Là où c’est vraiment dur, c’est moralement. Tous nos projets de l’année sont tombés à l’eau les uns à la suite des autres, et même une grande partie de ceux de l’année à venir. Les voyages prévus ont été annulés (même voyager en Australie est quasi impossible… il nous faut rester dans notre État), les visites que nous devions avoir n’auront pas lieu, et surtout, nous n’avons aucune idée de quand nous serons autorisés à retourner voir nos familles en France. Certes, nous n’avions de toute façon pas prévu de repasser en France avant mai 2021, mais ça n’est pas pareil quand c’est une interdiction… Ça pèse beaucoup plus sur le moral, d’autant plus qu’il n’est que très peu probable que nous puissions maintenir cette date.

Bref, pas facile à gérer au quotidien pour moi, surtout ces derniers mois… Au final, je crois que, ici comme ailleurs, il y a une chose qui est vraiment dure : c’est de ne pas savoir. On ne sait pas quand on pourra revivre comme avant. Ni même si ça arrivera. L’incertitude qui en crée tellement d’autres…

Conclusion

À l’heure où j’écris, nous sommes à peine plus de 27 000 cas positifs au total depuis le début de la pandémie. On vient de passer 12 jours sans aucune transmission communautaire dans notre État (jusqu’à la nuit dernière pffff) ; il y a quelques cas positifs, mais qui sont des australiens de retour ici (bloqués depuis des mois ailleurs), et qui sont direct mis en quarantaine à leur arrivée, qu’ils soient positifs ou non. Les chiffres sont rassurants, mais les restrictions demeurent, et restent particulièrement sévères (surtout quand on compare restrictions vs chiffres pays par pays !). D’ailleurs, une majorité de travailleurs continue de bosser de la maison (pour ceux pour qui c’est possible) sans date de retour prévue pour certains… De l’extérieur, la gestion à l’australienne peut sembler inacceptable tant elle est stricte. Mais au quotidien, je t’assure que c’est sécurisant d’être ici (surtout quand on a le malheur de tomber sur les news de comment ça se passe ailleurs), et qu’on peut vivre (presque) normalement. En tout cas, là où je vis, on pourrait presque oublier qu’un méchant virus est en train de foutre la zone partout ailleurs! Ceux qui vivent dans le sud du pays et qui sont en confinement depuis des semaines ne diraient sûrement pas la même chose…

Chanceuse d’être ici

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4 commentaires sur “Vivre la pandémie de COVID-19 en Australie

  1. Cool d’avoir ces infos et voir comment ça se passe en Australie ! D’ici on a l’impression que ça a été super bien géré. J’ai un ami qui vient de rentrer en Australie et il m’a expliqué qu’il avait été mis direct en quarantaine et que ça rigolait pas dans l’hôtel, tout est surveillé par des gardes. J’espère qu’on va vite voir la fin du tunnel même si aujourd’hui ça reste assez tendu en Europe 😢

    1. Oui je suis vaguement la situation en Europe (les infos me stressent donc je tâche d’en rester éloignée autant que possible !) et ça a l’air tendu. Rien que de voir des images de France où tout le monde est masqué, je trouve ça hyper déstabilisant… Comment ça se passe pour vous ? Vous pouvez retourner en France comme vous voulez ?

  2. Êtes-vous consciente que ce sont les personnes comme vous, qui multiplient les voyages à travers le monde, qui contribuent à la propagation des virus et au réchauffement climatique ?
    Peut-être que cette épidémie vous fera réfléchir à l’impact de votre mode de vie individuel sur toute l’humanité ?

    1. Nelly, merci pour ce commentaire.

      Je suis entièrement d’accord avec vous, et si toutefois vous avez bien lu cet article et d’autres, vous avez dû voir que je n’étais peut-être pas à blâmer à ce point-là 🙂

      Concernant le virus, pour ma part, étant hypocondriaque et quand même pharmacienne de formation, cela fait depuis février que je me suis confinée (et donc ne voyage plus du tout !) et respecte on ne peut mieux les gestes barrière (peut-être de manière obsessive…). Aussi, je ne pense pas que la faute soit à remettre sur moi quant à la propagation du virus et la situation dans laquelle se retrouve le monde aujourd’hui.

      Et pour ce qui est du réchauffement climatique, j’ai grandement changé ma façon de voyager depuis quelques années. J’évite quand je peux l’avion, mais vivant en Australie (soit à 16000 kms de ma famille), je n’ai guère d’autre choix que de prendre l’avion pour lui rendre visite. Toutefois, j ‘espace mes retours à tous les 2 ou 3 ans en partie pour cette raison. Et pour mes autres voyages, je voyage beaucoup moins souvent qu’avant, justement de par cette prise de conscience (donc pour répondre à votre question initiale, OUI je suis consciente que les voyageurs contribuent au réchauffement climatique et au fait qu’on soit arrivés à un stade de pandémie aussi avancé). Mais encore une fois, habitant sur une île où toutes les distances sont démesurées, le peu de voyages (pour les lointains uniquement) que je suis amenée à faire, c’est en avion, j’y échappe difficilement…

      En revanche, je multiplie les gestes au quotidien pour limiter mon impact, et si chacun en faisait autant, je pense vraiment que ça ferait la différence : je ne prends pas la voiture pour des trajets de moins de quelques kilomètres, je mange local et évite autant que possible les produits industriels, je fais le recyclage et évite d’acheter neuf tant que possible (produits reconditionnés, seconde main…), je ne mange quasi pas de produits d’origine animale, je vide tous les jours mes mails et messages inutilement stockés sur des serveurs, je fabrique mes meubles, je n’ai pas d’enfants car on est déjà bien trop sur cette planète etc….. bref, je fais ma part au quotidien et bien plus que ce que vous semblez croire.

      Je suis d’accord que la façon de voyager de certains (moi y compris il y a encore quelques années de ça), surtout ces dernières années, n’a vraiment pas fait du bien à la planète et semble être faite de façon irréfléchie, mais je vous garantis que nous ne sommes pas tous comme ça 🙂 J’espère vous avoir fait voir les choses un peu différemment !

      Bien à vous

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